25 janvier 2009
Conversation
- C’est
merveilleux ! dit Laura.
Elle a assez souvent cet
air ahuri.
- Je suis le
nouveau président des Etats-Unis, dit le chien.
- Ce n’est pas
vrai, dit le petit garçon, et tu ne dois pas dire des choses qui ne sont pas
vraies.
- Ce n’est pas
vrai, dit le psychanalyste, et cela montre bien que ce n’est pas un vrai
psychanalyste.
Quelqu’un se hasarde de le
contredire.
- C’est vrai ça,
dit Chloe, il ment.
- Il suffit de
faire une règle de trois, dit Ernest.
De son lit, Théophile
observe les rayons lumineux des phares qui tournent avant de disparaître.
- Ecoutez donc
le silence, dit le chien.
- Tu ferais
mieux de la fermer, dit Marie.
- Il n’y a
absolument aucun doute, dit Bertrand.
- Regardez, dit le chien. La Nativité c'est la natation.
Ils se taisent pendant un bref instant.
- La Nativité c'est un attentat, dit Nestor.
- Vous avez vu
les flamants roses ? dit le petit garçon.
Ils regardent tous du côté
du théâtre de marionnettes.
- Il n’y a plus
de rosé, dit Charlie.
- C’est comme
dans un rêve, dit Clémentine.
- Ça m’aurait
étonné qu’on ne parle pas de rêves, dit le psychanalyste.
Le chien ricane.
22 janvier 2009
Cendres et panaches

S’arrachant d’un élan irrésistible au limon originel, le Sablier renaît encore une fois de ses cendres. Celles-ci, répandues par son sursaut, fertilisent les terres alentour. Le Sablier brosse négligemment ses plumes ternies, ajuste son chapeau de velours dévoré à la bonne inclinaison et se met en route. Sur son passage les marquises s’évanouissent en révérences enchevêtrées, les coqs le saluent d’un chant rouillé et les geôliers libèrent les prisonniers sur lesquels la grâce tombe comme une giboulée de mars. Le Sablier sifflotte pour harmoniser les bruissements de conversations qui foisonnent autour de lui. Un troupeau d’anges fanfarons aux joues un peu sales veille à la présence des bouquets, des passementeries et autres salmigondis. Le Sablier passe les mensonges au tamis et garde les plus gros dans un garde-mensonges, réservoir dont il tirera à l’occasion des arguments imparables pour faire trébucher les politiciens. Tandis que le jour tire désespérément sur l’ourlet de sa tunique pour tenter de l’allonger quelque peu, le Sablier s’arrête à chaque troquet pour trinquer avec les amis retrouvés. Ils célèbrent d’avance la venue prochaine du printemps, qui leur a envoyé un courriel pour annoncer celle-ci le 20 mars. Les palombes battent des ailes pour applaudir et les bois résonnent de fanfares discordantes.
Image : Botticelli, Le Printemps (Web Gallery of Art)
17 janvier 2009
Le Tasse y lit
il vaudrait mieux que je t’oublie
il vaudrait mieux que je t’efface
de ma mémoire inétablie
que je n’ose plus voir en face
je sais la réalité plie
sous le fardeau de ce qui passe
et la journée est bien remplie
des tâches qui vous rendent lasse
si de ton image pâlie
si encore un contour je trace
où ira ma mélancolie
vivra-t-elle si je trépasse
il vaudrait mieux que je t’oublie
(car l’histoire point ne repasse)
et que devant tous je publie
mon intention de contumace
alors peut-être de la lie
je boirai jusqu’au bout la tasse
et jetant tout ce qui s’entasse
je vivrai toute ma folie
Fuligineuse - mars 07
Image : Nicolas Poussin, Tancrède et Herminie,
d'après le poème du Tasse "Jérusalem délivrée" (vers 1630)
10 janvier 2009
Nous ne sommes pas d'ici
Nous ne sommes pas d’ici.
Il n’y a aucun doute là-dessus : nous venons d’ailleurs.
On ne nous a pas demandé d’où.
On ne nous a pas demandé pourquoi.
On ne nous a pas demandé si.
Mais nous savons bien que nous sommes différents.
Cela se voit de tant de manières.
Les yeux que j’ai derrière le crâne.
La capacité que tu as de marcher sur les murs.
Ce n’est pas étonnant qu’on nous regarde.
Nous parlons pourtant à tout le monde.
Nous sommes différents mais nous sommes bienveillants.
Nous voulons être avec vous aussi.
Vous pouvez venir avec nous.
N’ayez pas peur de nous.
N’ayez pas peur de nous.
Vous pouvez venir avec nous.
Nous voulons être avec vous aussi.
Nous sommes différents mais nous sommes bienveillants.
Nous parlons pourtant à tout le monde.
Ce n’est pas étonnant qu’on nous regarde.
La capacité que tu as de marcher sur les murs.
Les yeux que j’ai derrière le crâne.
Cela se voit de tant de manières.
Mais nous savons bien que nous sommes différents.
On ne nous a pas demandé si.
On ne nous a pas demandé pourquoi.
On ne nous a pas demandé d’où.
Il n’y a aucun doute là-dessus : nous venons d’ailleurs.
Nous ne sommes pas d’ici.
Fuligineuse