03 mai 2009
Fixé sur l’étrave
Il est certainement très
tôt. Deux pigeons, sur le rebord de mon balcon, s'ébrouent sous l'averse. Ils
viennent probablement du petit bois de sapins, que l'on voit à l'horizon et où
l'enfant va se promener quelquefois. Je songe sérieusement à m’installer au
grenier. J'y serais plus tranquille que dans la maison, où je suis
continuellement dérangé par des visiteurs importuns. La hauteur sous plafond me
donnerait une exaltation particulière, une sorte de légère ivresse. Je vois un
homme qui entre dans une pièce dépourvue de meubles, à l’exception d’une table
sur laquelle est placé un livre. Il pose la main sur le livre et la retire
aussitôt comme si la reliure de cuir fané l'avait brûlée… Soudain il jette à
terre le livre, qui tombe à l’envers et retste ouvert, béant. L’homme se
saisit, à la place, d'un gros dictionnaire qu’il se met précipitamment à
feuilleter. Les pigeons roucoulent avec ostentation. Un garçon malingre
apparaît dans l’encadrement de la porte et a un mouvement de recul. L'homme lui
fait signe de rester, ils ont encore beaucoup à se dire. Il veut lui parler de
la beauté de la sonate qu'il vient d'entendre. Il considère ses interlocuteurs
habituels comme une bande de singes savants qui cachent leur visage sous divers
masques et il a besoin d’un auditeur plus fiable. Je considère cela comme un
privilège qui ne cesse de provoquer mon étonnement. Je devrais encore décrypter
le message secret reçu de la religieuse, mais il me faut pour cela surmonter ma
paresse.
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