09 juin 2009
Jeux de glaces

du néant l’attraction chose voluptueuse
m’a capté dans ses lacs par un étranglement
et me tourmente en vain la mer tumultueuse
de cette vérité dont le miroir te ment
avec elle en plongeant dans ses yeux de tueuse
et conduit jusqu’au bord ténu d’éclatement
d’une impulsion gravie la cîme impétueuse
fuligineuse
image : Caspar David Friedrich,
Morning in the Mountain, 1822.
Musée de l'Ermitage, St Petersbourg
source : Web Gallery of Art
24 mars 2009
Trop noir
Trop noir, disait-il, trop sombre, trop triste.
Mon café n’était pas trop noir, mais mon poème, peut-être que si
Mon humour n’était pas trop noir, mais mon amour, peut-être que si
Bien des jours étaient trop noirs
Mais pas tes yeux.
Ecrit en septembre 2006
17 janvier 2009
Le Tasse y lit
il vaudrait mieux que je t’oublie
il vaudrait mieux que je t’efface
de ma mémoire inétablie
que je n’ose plus voir en face
je sais la réalité plie
sous le fardeau de ce qui passe
et la journée est bien remplie
des tâches qui vous rendent lasse
si de ton image pâlie
si encore un contour je trace
où ira ma mélancolie
vivra-t-elle si je trépasse
il vaudrait mieux que je t’oublie
(car l’histoire point ne repasse)
et que devant tous je publie
mon intention de contumace
alors peut-être de la lie
je boirai jusqu’au bout la tasse
et jetant tout ce qui s’entasse
je vivrai toute ma folie
Fuligineuse - mars 07
Image : Nicolas Poussin, Tancrède et Herminie,
d'après le poème du Tasse "Jérusalem délivrée" (vers 1630)
10 janvier 2009
Nous ne sommes pas d'ici
Nous ne sommes pas d’ici.
Il n’y a aucun doute là-dessus : nous venons d’ailleurs.
On ne nous a pas demandé d’où.
On ne nous a pas demandé pourquoi.
On ne nous a pas demandé si.
Mais nous savons bien que nous sommes différents.
Cela se voit de tant de manières.
Les yeux que j’ai derrière le crâne.
La capacité que tu as de marcher sur les murs.
Ce n’est pas étonnant qu’on nous regarde.
Nous parlons pourtant à tout le monde.
Nous sommes différents mais nous sommes bienveillants.
Nous voulons être avec vous aussi.
Vous pouvez venir avec nous.
N’ayez pas peur de nous.
N’ayez pas peur de nous.
Vous pouvez venir avec nous.
Nous voulons être avec vous aussi.
Nous sommes différents mais nous sommes bienveillants.
Nous parlons pourtant à tout le monde.
Ce n’est pas étonnant qu’on nous regarde.
La capacité que tu as de marcher sur les murs.
Les yeux que j’ai derrière le crâne.
Cela se voit de tant de manières.
Mais nous savons bien que nous sommes différents.
On ne nous a pas demandé si.
On ne nous a pas demandé pourquoi.
On ne nous a pas demandé d’où.
Il n’y a aucun doute là-dessus : nous venons d’ailleurs.
Nous ne sommes pas d’ici.
Fuligineuse
25 octobre 2008
Circonstances
la rivière entraîne sans voir
les mots jetés à l’eau
les yeux fermés
la forêt engloutit les membres
repus de fatigue inconnue
dans un éclair
et le ciel aveugle s’étend
en l’absence totale
de son immunité
28 mars 2008
Fallacieuse effraction
achèvement - l’arbre absorbe aérien l’aspérité
un animal amer admire souvent l’archéologie
le chemin du ciel correspond à l’intangible empire
où le courant délivre les cymbales de folie
la douceur qui dément la fallacieuse effraction
contemple des étoiles le faste silencieux
le fleuve appuie la musique souterraine
le nuage audacieux coule d’un onyx léger
l’image de la mer avale la fenêtre
la pierre qui roule expulse la vallée
ce délicieux délire en des limbes secrets
au bord des icebergs étire sa présence
alors le vent détruit sans préavis le mot précaire
alors la mer envahit le gouffre sonore
jusqu’au point où retentit le cri des étendards
jusqu’au feu qui va prendre et soulever les murs

encore
désordre évanescence des songes
Fuligineuse
image (Mexique) : photo de Luke Stodola via OpenPhoto
17 janvier 2008
Fractales
première
fractale
debout
dans le prélude
- dont
je ne veux démordre -
je
commence à graver le chaos
je
trace sur le cristal de fastueuses écorchures
la vision
fragile se garnit d’encoches
des
nuages affligés se traînent
et au
milieu des épines froides
un épervier
démesuré gravit
la gestation
flottante qui tremble
pour
démantibuler le simulacre
le corbeau
délimite précisément
le coteau
précaire qu’il va jouer
prostré
dans le caniveau il échoue
tandis
que
je
secoue du haut du balcon
un baldaquin
funèbre à entendre
une
station balnéaire qui prétend
trier
ses escaliers en spirale
d’une
morne plaine éclaboussée de rires
deuxième
fractale
debout
dans le préfixe
-
que je ne veux détenir -
je
commence à gravir le tapis
je
trace sur le givre de somptueuses encâblures
la
vision fracassée se garnit d’encrages
des
nuages effrayés se traînent
et
au milieu des équinoxes fraternelles
un
ermite décharné gribouille
la
gravitation filante qu'il semble
pour
démanteler l'issue du sacre
le
carreau détermine précisément
le
poteau calcaire qu’il va trouer
orné
dans le carnaval il avoue
tandis
que
je
retourne du haut du sermon
un
brodequin funeste à attendre
une
station thermale qui entend
prier
ses espaliers en stigmates
d’une
corne pleine ébouriffée du pire

Hieronymus Bosch : Le Jardin des Délices (fragment)
- Musée du Prado. Image Web Gallery of Art
troisième
fractale
d’une
morne plainte égratignée de vides
debout
dans le scrupule
à
prier de ses paniers en cristal
-
que je ne veux dépendre -
une
passion qui se prétend caténaire
je
commence à griller le chapeau
d'un
paltoquet fragile à étendre
je
trace sur le canal de somptueuses épluchures
je
secoue du haut du carbone
la
vision tragique qui se garnit d’enclumes
des
images attablées se traînent
tandis
que
au
milieu des murènes fraîches
accroché
dans le préambule vient échouer
un
entonnoir démesuré qui gronde
dans
la gravitation montante qui trace
le
couteau précis qu’il va lécher
pour
dénouer le sortilège
que
le corbeau précisément délimite
quatrième
fractale
d’une
morne plante écartelée de lignes
debout
dans le scriptorium
à
griller de ses papiers en pisal
-
que je ne veux descendre -
une
action qui se prétend séculaire
je
commence à étriller le râteau
d'un
perroquet fertile à entendre
je
trace sur le charnel de somptueuses enluminures
je
secoue du haut de la couronne
la
mission avide qui se nourrit de plumes
des
virages attardés se plaignent
tandis
que
au
milieu des punaises frêles
décroché
dans le vestibule vient embuer
un
équinoxe déplié qui rôde
dans
la grave attention constante qui place
le
corbeau infiniment et déloge
pour
dévouer le cortège
le
couteau pressé qu’il va surgir
Fuligineuse
Série de poèmes initialement parus dans le Wikimaginaire
14 janvier 2008
Complainte du Veilleur de Rosée
Je suis le veilleur de rosée
Et vous écoutez ma complainte
Qui dans la nuit tristement tinte
Sans dire la question posée
Je suis le veilleur de rosée
La nuit est mon grand domicile
Lorsque dorment les imbéciles
C’est la douceur que j’ai dosée
Je suis le veilleur de rosée
Chez moi pas de grands sentiments
Juste un petit pressentiment
De la douleur que j’ai causée
A la fille la plus osée
Celle qui guette mon passage
Celle qui pour moi n’est pas sage
Je suis le veilleur de rosée
Fuligineuse
15 juillet 2007
Double jeu
atteindre enfin le
marbre où il brille plus sombre
au versant du ravin
où le corsaire sombre
s’accrochant au
rebord est gravée une perle
aux yeux bleus verts
de mer dont une larme perle
un chagrin inconnu
voulant des pleurs verser
et de strophe en
quatrain réciter son verset
même quand l’oubli
rôde et son abîme creuse
au jardin du présent
traînant une ombre creuse
qui entre sans
frapper et sans fermer la porte
sans montrer le corps
lourd que dans ses bras il porte
afin de te permettre
un instant de panser
de lauriers le
buisson qui meurtrit la pensée
10 juin 2007
Ostensiblement
en reflet le tracé d’un espoir évanoui
en rejet le passé d’un émoi épanoui
attend-il ostensoir dont le bleu se repose
incertaine au matin du semblable savoir
au passage du temps ravagé désormais
au pas sage du vent à nager du jamais
en semaine au satin du sabbat ne pas voir
apaisée ou dolente en des termes confus
ceux qui ne disent rien de ce qu’elle appréhende
ceux qui relisent bien décelant la légende
allégée insouciante enfin de ce qu’on fut
Peter Claesz : Nature morte au verre de vin et à la coupe d'argent
Staatliche Museen, Berlin - Source : Web Gallery of Art
Fuligineuse
7 avril 07
